En 1986, un des dignes fils du Walèbo, le ministre Paul Yao AKOTO a publié aux éditions CEDA, un roman de très belle facture :  l’envol des tisserins.

Après plus de trois décennies, la philosophie de ce roman demeure intacte et nous interpelle. En effet, l’envol des tisserins est une description des travers de nos sociétés traditionnelles. C’est le tableau des relations interhumaines, notamment la question du pouvoir, de l’héritage et de l’accession au trône, la pratique des sciences mystiques et occultes, le difficile équilibre entre le bien et le mal qui continuent d’alimenter et influencer les incertitudes de nos lendemains.

Les tisserins sont des oiseaux caractérisés par la vie en colonies. Ils constituent une communauté certainement organisée. Il est fort probable que toute vie en groupe exige une organisation, une structuration intelligente ou instinctive, comme dans les sociétés humaines. Les tisserins sont réputés être bruyants, mais le chant n’est-il pas sensé pour leur espèce ?

La passion de vous faire promener entre les intrigues ensorcelées de ce roman est présente dans mon esprit mais le temps et le lieu ne m’y autorisent pas. Je ne pourrais que choisir quelques extraits et m’attarder sur un seul aspect de la philosophie du roman. Je ne viens pas critiquer l’œuvre ni en faire une étude détaillée encore moins comparative. Je ne viens pas la déprécier non plus. Ce n’est pas le combat entre le héros Odikoua Gbanfin et Bateh son anti-héros qui m’intéresse. Mes intérêts sont bien ailleurs.

A travers l’envol des tisserins, je voudrais tout simplement passer un message d’union, d’amour fraternel et d’espoir pour le peuple Walèbo. Pour y arriver, je choisis de me pauser fictivement sur une branche de l’arbre qui abrita ces tisserins.

Morceau choisi, une définition du titre de l’œuvre. En effet, le mot ”envol” pourrait renvoyer à l’expression ”prendre son envol”. Selon le dictionnaire, c’est commencer à faire les choses par soi-même, prendre son destin ou sa vie en main. L’expression évoque la notion d’indépendance, de liberté, d’autonomie. C’est également quitter le nid familial, se libérer d’une emprise et voler de ses propres ailes. Prendre son envol est un engagement plein d’espoir et de vie.

Cependant, dans ce roman, l’auteur n’aborde pas le terme sous cet angle. Il ne  présente pas des oisillons quitter le nid familial pour voler de leurs propres ailes. Il ne parle pas d’indépendance ni d’autonomisation de ces petits êtres fragiles.

En définitive, un auteur lâche une œuvre littéraire et les lecteurs en font leur propres analyses et interprétations. Ce qui va suivre est mon interprétation de la lecture de cette œuvre emblématique, l’envol des tisserins.

 Dans les lignes du roman, les tisserins représentent une symbolique importante. L’écrivain a lié, spirituellement la vie des tisserins à celle des habitants de ce village. Chaque fois qu’on a retrouvé au petit matin le cadavre d’un tisserin, on a aussi comptabilisé la mort d’un humain avant le couché du soleil. Cette gymnastique intellectuelle de l’auteur laisse clairement ”penser” que ces tisserins n’étaient pas installés dans ce village par hasard.

Au dénouement de l’œuvre, lorsque le chaos, la déchéance et la forfaiture s’installent dans le royaume au milieu des humains, les tisserins ne sont pas épargnés. Ils quittent le village pour toujours. Tout laisse à imaginer que ces oiseaux étaient les gardiens du pouvoir traditionnel. Ils partent parce que le trône est bafoué, souillé par un n’ayant pas droit. Les âmes des filles et fils du Walèbo se sont certainement dispersées par la même occasion. Le départ des tisserins est la conséquence directe de la perte de la cohésion sociale dans le royaume.

Filles et fils du Walèbo, si cette interprétation est plausible alors à mon humble avis, le temps est venu de travailler au retour des tisserins. L’heure du retour à la terre qui a abrité notre héroïne Reine Abla Pokou a sonné. Il s’agira de revenir physiquement mais surtout de porter l’avenir de notre cité au cœur de nos préoccupations. Il s’agira de récréer tous ensemble une nouvelle dynamique  pour vivre une union vraie et sincère entre tous les enfants du Walèbo sans exception, sans considération d’obédience politicienne.

L’incitation au retour des tisserins à l’arbre ancestral est tout le sens de cette analyse. Ce n’est point pour revisiter le roman, l’envol des tisserins de Paul Yao AKOTO, mais simplement me servir de ce titre pour une paraphrase objective et motivante.

Au temps du père fondateur de la nation, dans un contexte qui était le leur, avec les opportunités et les moyens du moment, les aînés ont apporté et fait pour le royaume ce qui était en leur pouvoir.  Rien que pour cela, tout le Walèbo leur doit reconnaissance à jamais.

Aujourd’hui, le peuple Walèbo a besoin de tous ses enfants pour lui redonner un nouveau souffle. Le temps est venu d’élaborer un nouveau cahier des charges, définir les principaux chantiers de développement afin de faire face aux nouveaux défis de notre ère. L’union de toutes les intelligences sera la seule alternative pour tous les combats à venir, surtout le renforcement des pouvoirs du royaume de nos ancêtres : le royaume Baoulé.

Que la Reine Abla Pokou veille sur le Walèbo.

Faustin Denoman | denoman@walebo-news.com |

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