En Côte d’Ivoire, le calendrier scolaire est actuellement rythmé par les examens de fin d’année. Le baccalauréat qui fait le plus peur aux élèves est programmé pour la fin de ce mois. Les épreuves orales auront lieu du 22 au 25 juillet. Les écrits se dérouleront du 27 au 30 du même mois. Quant aux résultats il faudra attendre le 14 août pour récolter les fruits des efforts personnels. Nous n’oublions pas les autres examens à savoir le brevet, les examens des  écoles professionnelles, le BTS, le concours du Cafop…

Le point commun de tous ces examens c’est l’incertitude du succès. C’est pour cette raison que tous les parents sans exception se tournent chacun vers une croyance pour chercher des faveurs dans le monde invisible. Et pour beaucoup, le village demeure l’environnement le plus propice aux invocations spirituelles. Dans ce cas précis, la présence physique du candidat n’est pas obligatoire, le nom seul suffit. Afrique et ses mystères.

Cette période d’examens et concours est le moment où les dieux des examens ont le vent en poupe. Chaque famille mouille, de sang d’animaux, la barbe à son fétiche protecteur. A côté des adorations familiales il y a surtout les fétiches communautaires, qui sont engraissés pour le succès de tous les candidats du village.

Dans le walèbo, depuis la nuit des temps, c’est à nos mamans que revient la palme d’or avec l’Adjanou. En effet la danse ”Adjanou” n’est pas une danse ordinaire. Selon les adeptes, l’Adjanou est le fétiche des femmes, le fétiche du bonheur. À travers ce rituel elles prennent aussi part à la vie mystique du village. C’est une arme puissante pour la protection et la défense des populations. Elles dansent, elles chantent et font plusieurs fois le tour du village pour conjurer les sorts et appeler le succès sur leurs enfants. Ces femmes tout de blanc vêtues, martèlent le sol, marquent les croisements de rues par le kaolin et frappent bruyamment leur cloche pour déloger les mauvais esprits qui sillonnent les recoins du village. L’Adjanou demeure une pratique spirituelle importante dans le walèbo et plus active dans les périodes d’examens scolaires.

Cette période pendant laquelle l’Adjanou est fréquemment exécutée, fait remonter de tristes souvenirs. Le 2 décembre 2002, des danseuses d’Adjanou, de deux villages de Sakassou, précisément Assandrè et Assafou ont été arrachées aux siens, massacrées par les rebelles de Bouaké et près de deux décennies après le silence coupable est de plus en plus nauséeux. En attendant que le Dieu universel et le dieu de l’Adjanou rendent justice, leurs sœurs et leurs mères continuent de danser pour la réussite de leurs enfants. 

Cependant, pour la nouvelle vision du vivre ensemble dans le walèbo, désormais l’Adjanou d’un village donné devra danser pour le succès de tous les candidats du walèbo, et non plus uniquement les enfants de leur propre village. Nos braves mamans, sœurs et épouses doivent danser pour un excellent pourcentage de réussite de tous les établissements scolaires de la ville de Sakassou et ses villages. Dans leur villages respectifs, elles devront danser l’Adjanou pour la protection, la prospérité et le rayonnement de tout le walèbo.

La chute de cet édito semble être un de ces discours incompréhensibles lorsqu’il est examiné à chaud. J’entends d’ici ceux qui se demandent comment des fétiches vont abandonner leur vocation première pour se mettre au service du bien commun ! Comment le fétiche d’un voisin va-t-il travailler au succès des habitants d’un autre village ? Cela paraîtrait absurde pour plusieurs lecteurs. Mais, si nous sommes tous conscients que pour réussir ensemble, il faudra changer de mentalité et faire évoluer nos pratiques alors pourquoi hésiter à redéfinir les missions allouées à nos fétiches soit disant protecteurs ?  Par ailleurs, le sous-entendu voudrait subtilement interpeller ceux qui prennent leurs fétiches personnels pour nuire à leurs frères et sœurs du même village ou de la même région. 

Dans la nouvelle dynamique d’espoir, de fraternité sincère et de développement de tout le walèbo, ne nourrissons aucune peur d’aborder tous les sujets ni d’explorer toutes les pistes même celles réservées à des initiés. Pour un africain, les pieds les mieux chaussés doivent être profondément encrés dans sa tradition. Il nous reviendra de réunir toutes nos forces humaines et surhumaines pour le bien commun de tous les fils et filles du Walèbo.

Enfin, pour les examens et concours 2020, que les adeptes de l’Adjanou dansent pour confier à leurs dieux tous les candidats du walèbo et qu’elles n’oublient surtout pas de réclamer justice à leurs divinités pour les danseuses d’Adjanou d’Assandrè et Assafou massacrées lors de la crise électorale de 2002.

Sous l’arbre, on informe. Que la reine Abla Pokou veille sur le walèbo.

Faustin Denoman | denoman@walebo-news.com |

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